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His body of work explores the limits of the photographic medium. FX Combes  creates compositions through a process based on photographic references.

 

 

FX Combes se consacre entièrement à sa pratique artistique en établissant une relation inédite entre peinture et photographie : deux médias qu’il n’oppose pas mais dont il traque au contraire la complémentarité et la perméabilité.
Utilisant des logiciels numériques de manière volontairement « inadaptée » pour détruire puis reconstruire ses images d’origine, il fait du processus créatif de production le sujet même de son œuvre.
Il explore les zones de mémoire cachée de ses outils photographiques numériques pour leur faire fabriquer, au travers d’une succession d’altérations / transmutations des images initiales, le « visible définitif de l’art ».

 

« Entre destruction et reconstruction, les œuvres des FX Combes font émerger de nouveaux possibles, grâce à la confrontation de procédés étrangers les uns aux autres. Les légères différences entre les doubles images accentuent le mystère. L’artiste repousse les limites du medium photographique comme de la peinture. Il bouscule nos repères, combat les évidences et les frontières bien dé nies. Aux confins de plusieurs univers esthétiques, les œuvres de FX Combes sont d’une remarquable profondeur. Les différentes strates superposées, les juxtapositions et subtils décalages, sont autant d’outils par lesquels l’artiste perturbe notre vision et nos carcans analytiques. « Lorsque la machine reprend momentanément le dessus pour imposer sa propre vision, lorsque les outils échappent au contrôle du créateur, le «Ghost in the machine», ainsi que le nommait Arthur Koetler, fait basculer l’œuvre et rend manifeste un monde à la fois proche et inattendu.», dans lequel FX Combes nous invite à entrer de plein pied. »
Valérie Douniaux,

 

« Cette sensation depuis la première vision.
De quelque chose qui pourrait être vu.
Qui, même, devrait l’être.
Derrière ce qui est donné à voir.
Ou non, plutôt, avant.

Avant toute vision, le visible existe.

Où réside l’existant.

Le quintessant.

L’attraper. »

Loung Tsiang

 

 

 

La lumière, comme révélateur de la matière, celle qui dévoile le non visible, est au centre des recherches de l’artiste depuis plus de 20 ans. Dans cette nouvelle série d’images, FX Combes fait explicitement référence à ses travaux antérieurs en argentique où il détournait, manipulait la lumière émanant de l’agrandisseur a n de créer une matière photographique, visible uniquement par le procédé expérimenté. Comme une variation dans la continuité, FX Combes a ajouté à sa palette les outils numériques, en les détournant de leurs fonctions premières, cherchant à en explorer tant leurs forces que leurs faiblesses; s’efforçant à entrevoir une matière poétique que lui fournit l’algorithme contourné.
L’artiste s’inspire également du mécanisme d’enregistrement de la mémoire, source de souvenirs, sélectifs, altérés tant par nos repères que par nos sens cognitifs. Si la mémoire agit à travers un procédé de construction, de destruction, et de reconstruction, elle ne garantie pas une reproduction exacte de la réalité. Elle peut s’en approcher par de multiples artifices, des subterfuges qu’on appelle plus communément des faux souvenirs.
FX Combes observe que le traitement de l’information numérique est similaire à celui du traitement de l’information par notre mémoire ; soit au moment de l’encodage, du stockage et où encore de la restitution : « C’est cette idée de mémoire comme essentiellement faillible qui a guidé mon travail ». À l’image de ces interstices lacunaires dans la chaîne d’informations de notre mémoire, FX Combes exploite la mémoire cachée de certains logiciels de traitement d’images et/ou d’impression. Il inverse ainsi les processus d’utilisation de ces outils en travaillant par calques soustractifs successifs (alors qu’on leur demande habituellement d’ajouter de l’information).
« En déconstruisant l’image puis en la reconstruisant, la machine numérique fonctionne comme notre cerveau en re-fabriquant de la mémoire définitive, et en y incluant des souvenirs de mémoire épisodiques inexacts, erronés voire in dèles, des traces de mémoire. » Ses œuvres empruntent ainsi autant à la mémoire résiduelle qu’à la mémoire cachée d’un programme ou de l’imprimante utilisée pour mieux révéler, re-construire une image avec de faux souvenirs, de fausses impressions, à travers une matière qui lui est propre.
Visible ou invisible. Impalpable. Si dans un tel processus, la part de l’aléatoire n’est pas totalement étrangère, FX Combes ne lui laisse que peu de place, à l’instar du vers célèbre de Mallarmé : « Un coup de dés jamais n’abolira le hasard ». En e et, l’artiste a toujours cherché à révéler ce que l’œil ne voit pas ou décide d’oublier, en produisant une image « à la limite » où restent sensibles des traces de mémoire visuelle, volatile, avec pour but ultime de voir au-delà de cette image : de voir à travers elle.
Les œuvres de FX Combes donnent à voir, comme l’écrit Vincent Gracy, « cette transmutation du visible initial en sa quintessence achevée ».

 

 

Si vertigineuse soit sa perspective, si complexes soient les détours de ces formes, 
une image photographique se réfère toujours, fondamentalement, à un plan principal.
Ce plan est à la fois, au gré de nos manières de l’envisager, celui de la surface matérielle de l’épreuve et celui de la vitre imaginaire qui nous sépare de la réalité dans la fenêtre photographique.
Et c’est par excès d’évidence qu’il se fait le plus souvent oublier.
Dans les œuvres de FX Combes il se rappelle à nous.
L’image se dédouble en profondeur, elle se décolle et vient au devant, ou au derrière d’elle-même.
Il y a en cela quelque chose de troublant qui conduit notre œil à la recherche de lointains, pourtant si proches, et à naviguer au travers de l’épaisseur de l’image.
L’espace est le problème commun à tous les arts du visible. 
Un trait, un point sur une feuille blanche et l’espace est engagé. 
Jamais le travail du peintre moderne n’a été de se débarrasser de la profondeur. 
Il serait enfantin de n’avoir qu’a supprimer la profondeur classique. 
Ce qu’il fallut apprendre, c’est à maîtriser ces déchaînements d’espace que peut susciter une seule tache sur une surface unie. 
Il ne s’est jamais agi de supprimer la troisième dimension-c’est d’ailleurs strictement impossible- mais de dominer la violence des formes qui déclenchent la moindre impulsion visuelle. 
Ici, en photographie, ce dédoublement, ce redoublement du plan métamorphose la lumière au travers des verres qui la diffusent. 
Tantôt elle s’efface et tantôt elle s’embrase.
Deux plans de réalité échangent leur image et déjouent les certitudes de l’œil. 
Mais ils sont reliés par une même lumière sur toute leur profondeur.
Elle irradie à travers. 
Quant à l’ombre, envahissante ou discrète, elle donne densité à cette vitrerie en suspens.
Notre regard vacille et s’enfonce en rêvant.

Jean-Claude Lemagny 
Conservateur Honoraire.
Bibliothèque Nationale de France
Texte extrait du catalogue Eloge de l’Ombre